Commerce alimentaire artisanal, réseau de plusieurs points de vente
Une demande de trafic, un problème d'entreprise
Un réseau de commerces alimentaires artisanaux, présent sur plusieurs points de vente, me contacte pour une raison simple, faire venir plus de monde. Le budget média est prêt, la saison avance, les résultats sont attendus avant la fin de l'été. J'ai commencé par ne pas répondre à cette demande. Avant d'engager un euro de publicité, il fallait vérifier que le problème en était bien un de trafic. Il ne l'était pas.
+9,9 %
de chiffre d'affaires sur le point de vente pilote en un mois, soit environ 5 000 €, à contre-saison
44 %
des clients actifs revenus utiliser leur carte de fidélité sur trente jours, contre aucun au lancement
100 %
des nouveaux avis Google traités en moins de 48 heures, après un an sans aucune réponse
Sur la part exacte qui revient au dispositif, je reste prudente : ce site n'avait pas d'historique comparable suffisant. La causalité est renforcée, elle n'est pas démontrée.
Mission test de trois mois, devenue une direction marketing externalisée sur douze mois.
Ce que le diagnostic a révélé
Le réseau ne stagnait pas, il reculait. L'analyse des données de caisse quotidiennes sur deux exercices montrait, en glissement annuel, un recul du chiffre d'affaires compris entre 5 et 12 % sur les mois de printemps. Le calendrier commercial de cette année-là aurait pourtant dû gonfler la période. Le vent était favorable et le bateau reculait.
Personne ne vendait. Les tests clients mystères menés en boutique n'ont relevé aucune relance après la première commande, aucune suggestion, aucun closing. Les cartes ne montraient pas les produits, l'offre restait invisible depuis la salle, et le client était placé pour arranger le service, pas pour voir ce qu'il aurait pu acheter.
La réputation tournait en roue libre. Le relevé des fiches Google du réseau totalisait plusieurs milliers d'avis et une note moyenne supérieure à quatre, sans une seule réponse publiée au cours des douze derniers mois. Les rares réponses existantes dataient de deux à trois ans. Ce n'est plus de la négligence, c'est un abandon.
Surtout, aucune réclamation client n'était écrite nulle part. Ni bon de commande, ni registre, ni trace. Tout se réglait oralement, par téléphone. C'est la cause racine du reste. Personne ne pouvait vérifier, donc personne ne pouvait corriger, donc les mêmes litiges se répétaient.
Le frein n'était donc ni le produit ni la notoriété, il était opérationnel et commercial. Lancer une campagne à ce stade revenait à payer pour amener davantage de monde dans un dispositif incapable d'extraire de la valeur de ceux qui étaient déjà là.
Ce que j'ai mis en place
J'ai installé un appareil de mesure avant d'engager le moindre budget média. J'ai consulté six prestataires de fidélisation, construit une grille d'analyse à quatre critères bloquants dont la conformité RGPD, négocié, puis comparé les offres sur trois ans en euros réels. L'écart entre la première et la dernière atteignait 47 % à fonctionnalités comparables.
Le programme a ensuite été déployé sur l'ensemble du réseau, avec la formation des équipes et un suivi hebdomadaire de l'adoption. J'y ai ajouté un audit d'intégrité des données, livré site par site, avec sa méthode de lecture et un indicateur de contrôle mensuel, pour que le dispositif reste fiable une fois la mission terminée.
L'acquisition, ensuite, a été pilotée et non subie. Un test comparatif des formats publicitaires a montré qu'à budget égal, la vidéo achetait une attention sans commune mesure avec les visuels fixes, pour des clics plus d'un tiers moins chers. L'enseignement vaut pour cette activité et sur cette période, il n'a pas valeur de loi générale.
J'ai enfin posé un cadre juridique pour la suite, avec une autorisation d'image des salariés distincte du tournage, un refus explicitement sans conséquence, un droit de relecture, une clause protégeant les proches et les enfants mineurs, et une liste de données exclues. Publier des portraits d'équipe dans une relation de subordination ne s'improvise pas.
La suite
La mission test de trois mois est devenue un contrat annuel de direction marketing externalisée, vendu sur un dossier de preuve et non sur des idées de contenu, avec des engagements de délai vérifiables plutôt que des intentions. Une règle d'ordre, non négociable, en est sortie. On répare avant de construire. Amener du trafic sur une réputation abîmée revient à payer pour montrer le problème à plus de monde.
Le programme de fidélité déployé en parallèle a livré un enseignement de pilotage durable, l'adoption dépend de l'engagement des équipes bien plus que du flux client.
Depuis, chaque nouvel avis reçoit une réponse sous 48 heures, et les avis sur l'accueil sont partagés chaque mois avec les équipes de chaque point de vente. Les commandes personnalisées passent désormais par écrit, avec un délai minimum. Pour la première fois, l'entreprise garde une trace de ce qu'elle promet à ses clients.