Marketing
Pourquoi je ne crois plus au marketing traditionnel

Dix ans à vendre des plans marketing pour finir par une conviction gênante : les meilleures campagnes ne rattrapent jamais une boîte construite de travers. Récit d'un revirement, et de la méthode qui en est née.
Dix ans à faire du marketing, à vendre des plans marketing, à créer du contenu, à lancer du Google Ads, à lancer des campagnes Meta, à étudier le SEA, le SEO technique et rédactionnel. Dix à rédiger des articles, à parler marronniers, à envoyer des newsletters, à suivre des KPI’s.
Dix ans aussi à essayer d’expliquer à mes clients des choses qu’ils sont con-vain-cus de comprendre aussi bien que moi parce qu’ils ont écouté un podcast ou vu passer une vidéo.
Et dix ans à faire le constat petit à petit et de plus en plus amer d’une chose : les bonnes boîtes n’ont pas besoin de marketing ou de plans de com.
Enfin si, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais elles en ont besoin moins que les autres. Elles marchent mieux avec mais elles marchent très bien sans aussi.
A l’inverse, j’ai aussi mis dix ans à constater que tu peux danser sur ta tête de super stratège, si le service est immonde, que les employés ne décrochent pas le téléphone, si le patron de la PME est en vacances 30% de l’année en se faisant uniquement remplacer par des stagiaires, bref, si l’entreprise est construite de travers, tu pourras mettre les moyens les plus FOUS, tu arriveras, au mieux, à des résultats moyens.
Et j’ai eu aussi dix ans pour comprendre que ceux qui veulent investir le plus dans le marketing, ce sont ceux qui en attendent tout.
Ils vont mettre 5.000€ par mois donc FORCÉMENT ça va cartonner.
Toujours à l’affût de la dernière idée débile d’un concurrent à copier, toujours prêt à changer de cap parce qu’une mouche est passée en suggérant une autre idée, toujours prêt à croire le neveu de tante Gisèle qui est souvent sur Tiktok et qui dit que ne pas y être c’est une hérésie. (Entre nous, il ne dit pas “hérésie”, le neveu de tante Gisèle, mais vous avez saisi l’idée).
Alors j’ai tout plaqué et j’ai réfléchi.
J’ai réfléchi à comment je pourrais travailler, moi qui ADORE communiquer. Moi qui maîtrise tous ces sujets comme ma poche, les funnels, les nouveautés, la moindre IA qui passe parce que c’est ma passion. Comment je pourrais continuer à faire de la communication alors que souvent :
- le client vient pour de mauvaises raisons (il ne marche pas et attend du marketing qu’il le sauve avec le peu d’argent qu’il est prêt à y investir)
- le client est en plein Dunning-Kruger (biais cognitif où les personnes les moins qualifiées dans un domaine surestiment exagérément leurs compétences)
Et je me suis dit que ce serait très simple dorénavant, soit le client me faisait confiance et on reprenait tout à la base, soit je ne travaille pas avec lui.
Et quand je dis “je reprends tout à la base”, ça veut dire qu’avant même de commencer à réfléchir à communiquer, j’analyse toute l’entreprise pour comprendre ce qui coince DÉJÀ.
A l’heure de Google, une équipe qui déteste ses patrons est plus forte que la meilleure des communications : elle coulera votre boîte même si vous investissez des milliers d’euros en publicités.
A,l’heure de l’instantanéité, ne pas d’abord mettre en place un système efficace de réponses aux clients AVANT de lancer de la pub, c’est stupide.
A l’heure de l’IA, des bots, des automatisations, ne pas créer de la relation humaine est la recette certaine pour un échec.
Et à l’heure des bases de données, conserver des cartes de fidélité papier, c’est laisser la place au concurrent qui envoie des mails et des notifications.
Je ne crois plus aux règles qui marcheraient “pour toutes les entreprises”. Je crois, contrairement à ce que j’ai vendu pendant des années, qu’une vidéo amateur aura parfois bien plus de succès qu’une vidéo professionnelle SI (et seulement si) c’est ce qu’attend la cible.
Je crois qu’avant de lancer la pub, on analyse ce qui manque, on analyse d’où vient la plus grosse part du CA et où sont les trous. Je crois qu’on implémente des outils, qu’on facilite la vie des employés, qu’on les motive, qu’on leur donne le sourire parce que ça, en vidéo, ce sera vrai.
Remplir les heures creuses d’un restaurant, communiquer sur des produits d’une chaîne dont personne n’a jamais entendu parler alors que la chaîne est connue mais que personne ne sait que ce produit existe, coacher des équipes entières, coacher des managers, jouer les chef d’orchestre d’un air tout nouveau.
J’ai accepté, petit à petit, des missions pour certains clients qui me venaient sur un plateau avec “on ne sait plus ce qu’on doit faire ni par quel bout le prendre”. Et j’ai fait de tout parfois, sauf du marketing. J’ai revu des cartes de restaurants, j’ai formé des équipes à récolter des avis google, j’ai implémenté des systèmes de fidélité, j’ai créé des sites magiques que j’aurais dû vendre autrefois 10.000€ en quelques heures de temps.
J’ai inventé des concours étranges, créé des logiques de sponsoring réfléchies, tenté des actions folles qui ont cartonné en termes de CA.
Parce que j’ai repris le marketing dans l’autre sens : savoir d’abord comment marche le client, corriger avec lui ce qui VA forcément causer du tort au marketing avant même de lancer la moindre publicité ou d’appeler le moindre vidéaste. Et rendre tout ça chiffrable. Mesurable. Combien ça coûte vs combien ça rapporte ? Où on peut gagner quelques euros pour payer le vidéaste quand on a besoin de BELLES images ?
J’ai fait ça comme je l’ai toujours fait, à tâtons, par passion, par envie, par impossibilité de ne rien faire. Et en fait ça marche.
Le marketing traditionnel est mort. Mais la stratégie, désormais, va bien au-delà.
Et je peux bien vous le dire : cette découverte m’a redonné goût à mon métier.
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